Différentes catégories de déchets peuvent être recyclées comme matériaux de travaux publics : déchets inertes provenant de la démolition des bâtiments, mâchefers provenant de l'incinération des déchets ménagers, sables de fonderies, pneus usagés... Ces applications représentent des solutions " durables " pour l'élimination de certaines catégories de déchets produits en très grandes quantités. Rappelons en effet que les déchets inertes du bâtiment représentent un volume annuel de 20 millions de tonnes et que l'on produit chaque année en France 3 millions de tonnes de mâchefers. Les perspectives et l'intérêt offerts par ces techniques de valorisation ont conduit les entreprises de TP à devenir opérateurs dans le secteur des déchets. Nombre d'entre elles exploitent aujourd'hui des centres de recyclage, qui produisent les matériaux de remblais dont elles ont besoin pour leurs chantiers.

Formation aux bonnes pratiques environnementales
Même si on en parle de plus en plus et si elle tend à se développer, l’utilisation de matériaux recyclés dans les projets routiers se heurte encore à quelques freins majeurs : méconnaissance des techniques et des domaines d’application, mais aussi méfiance à l’égard de matériaux perçus comme « non-nobles », car provenant de la déconstruction.. Pour en favoriser l’usage, il importe donc de mieux faire connaître ces matériaux recyclés, ainsi que leurs caractéristiques techniques et leurs domaines d’emploi. Tel est l’objectif que s’est fixé un laboratoire routier implanté dans la région de Blois. En effet, ce dernier propose une formation sur « la gestion des déchets et les économies de ressources naturelles dans les travaux publics ». Chaque session se déroule sur une journée. Résolument axée sur la mise en application opérationnelle, cette formation s’adresse principalement aux entreprises et aux bureaux d’études. Les premières sessions se sont déroulées au cours de l’année 2009. A l’issue des évaluations réalisées en fin de stage, une très large majorité de participants ont exprimé leur satisfaction et affirment avoir trouvé cette formation utile, intéressante et adaptée aux métiers du Travaux Publics.
5 900 tonnes de béton armé recyclé in situ
La reconversion d'un réservoir de 25 000 m2 de surface en unité d'affinage pour l'alimentation en eau nécessitait la démolition partielle de l'ancien ouvrage en béton armé, qui datait de 1938. Après concassage et déferraillage, réalisés sur place, les 5 900 tonnes de béton armé provenant de cette opération de démolition ont été entièrement réutilisés pour la réalisation du nouvel ouvrage. Une étude technique sur l'incorporation des agrégats de démolition dans les bétons coulés sur place, en partie financée par l'ADEME, avait bien évidemment validé la faisabilité de l'opération.
Sables de fonderies pour canalisations
Ce chantier concernait la pose d'une canalisation de gaz de 2000 mètres pour l'approvisionnement d'une nouvelle zone pavillonnaire, dans la ville de La Ferté Saint Aubin (8 000 habitants) L'entreprise a eu recours à des matériaux recyclés pour les opérations de remblais : une couche de fond constituée de sables de fonderies, surmontée d'une couche de matériaux issus du traitement et de la valorisation de déblais réalisés en centre spécialisé. Au total, ces matériaux recyclés ont représenté 65% du volume total des remblais, soit 520 m3. Un traitement biologique permettant d'éliminer les phénols doit être appliqué au préalable aux sables de fonderies, dont l'utilisation a été validée par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)
Des pneus usagés pour écrêter les eaux pluviales
Cette technique intervient dans la réalisation des bassins d'orage enterrés, qui permettent d'assurer un écrêtement des eaux pluviale, lors d'épisodes de forte pluviométrie. Le procédé consiste à utiliser, pour constituer la couche drainante, des morceaux de caoutchouc calibrés provenant du broyage des pneumatiques usagés à la place de graves naturels. Outre les économies de matériaux naturels, cette technique présente de multiples avantages qui résultent du plus fort coefficient de vide des pneus recyclés, ainsi que de leur plus faible densité par rapport aux graves naturels. Là où, par exemple, pour réaliser un bassin de 300 m3, il faudrait utiliser 1 700 tonnes de graves naturels avec une rotation de 1000 camions de livraison, on a besoin de 300 m3 de pneus et de seulement 5 camions de livraison.
100 000 m3 de matériaux naturels préservés
Pour l'aménagement de l'échangeur routier sur l'autoroute A 15, à hauteur d'Herblay, le cahier des charge prévoyait un apport de 100 000 m3 de remblais. Dans cette zone fortement déficitaire en matériaux naturels, l'utilisation de mâchefers provenant de l'incinération de déchets ménagers s'est imposée comme une solution avantageuse tant sur le plan économique qu'environnemental. 160 000 tonnes de mâchefers ont servi pour la mise en remblais, et 23 000 tonnes ont été utilisées pour la couche de forme, après traitement au liant routier. Outre les matériaux naturels ainsi préservés, la réduction des transports et les gains de temps qu'elle a permis, cette solution a entraîné une économie de l'ordre de 15% sur le cout global du chantier qui était de 2 millions d'euros.